(J+281) Myanmar – Trek de trois jours vers le superbe Lac Inle

Le Lac Inle est situé à une altitude de 884 mètres et s’étend sur presque 22 kilomètres de long sur 11 kilomètres de large.
En 2015 l’UNESCO reconnaît le lac comme étant une Réserve de Biosphère, qui est connu pour ses cultures de fruits et légumes sur des jardins flottants qui recouvrent un tiers de la surface de l’eau, mais aussi pour ses nombreuses minorités ethniques donc les Inthas, appelés aussi les « enfants du lac Inle »

23 mai 2018

Après avoir quitté Moulmein, nous arrivons maintenant à Kalaw : un village de l’État Shan situé à 1300 mètres d’altitude. Le fond de l’air y est plus frais mais peu de gens s’éternisent à Kalaw : la majorité des voyageurs utilisent Kalaw comme une base logistique pour préparer leur trek vers le lac Inle, situé à quelques jours de marche. Nous ne dérogerons pas à cette règle !

Le trek pour rejoindre le Lac Inle durera 3 jours et nous prévoyons ensuite de rester 3 jours supplémentaires sur place pour nous reposer et explorer les environs.

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Coâ Coâ ! Voici la vidéo de notre trek de trois jours vers le Lac Inle

 

Et la carte des environs avec nos points visités :

Le trajet pour rejoindre Kalaw, la base logistique pour préparer notre trek

A la gare routière de Moulmein, le temps de faire quelques emplettes pour le voyage, William prend en photo les sympathiques bus en stationnement au look coloré et geek :

 

18h30 sonne et il est l’heure pour nous de prendre place dans notre bus de nuit. Nous ne sommes pas rassurés du tout. Claire est tout juste en convalescence, une rechute de turista aigüe peut intervenir à tout moment, et c’est donc un gros pari que de sauter dans un bus qui roulera pendant 18 heures d’affilée pour parcourir une distance de 700 kilomètres. Surtout quand on connaît l’état parfois lamentable des toilettes – lorsqu’elles existent – à bord des bus long-trajets du Myanmar.

Heureusement, plus de peur que de mal, Claire survivra à ce long voyage même si le temps nous a semblé long. Très long. Il est maintenant 12h30 et nous posons enfin le pied à Kalaw, un village rural animé situé à 1300 mètres d’altitude. Dès que l’on sort du bus, l’air frais nous fait immédiatement du bien et nous remarquons tout de suite la différence avec les autres grandes villes du Myanmar. Ici, l’atmosphère est plus rurale et authentique : la ville est plus poussiéreuse, les rues ne sont pas bitumées, ses habitants ont les traits du visage creusés, les peaux basanées par des heures de travail sous le soleil, les dents rongées par la noix de bétel.

Le temps de trouver une Guest house et d’y déposer nos gros sacs à dos, nous partons explorer les environs et surtout commencer à planifier notre futur trek.

Mais nos estomacs crient famine ! Nous partons donc en quête d’un restaurant et nous jetons notre dévolu sur un petit resto local « Pyae pyae shan noodle » qui sert, comme son nom l’indique, des Shan Noodles (ou « Shan khao swé ») : un repas typique du pays à base de nouilles de riz servies dans un bouillon avec de la viande marinée (porc ou poulet), une sauce cacahuète et des herbes fraîches, accompagné d’une bière locale. On s’est tellement régalé qu’on en a commandé un autre !

 

William s’extasie devant un décapsuleur rustique composé d’un simple bout de bois et d’un boulon…  redoutable de simplicité !

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Maintenant que nous sommes repus, il est temps de commencer les choses sérieuses en faisant le tour des agences de trek de la ville. Au bout de quelques heures de déambulations dans les rues de Kalaw, nous décidons de réserver notre trek chez EVER SMILE. Les retours d’expérience sur Internet sont positifs, les prix très respectables et le contact est agréable avec la dame qui s’occupe de la réservation.

L’idée sera de quitter Kalaw à pied, marcher pendant quelques jours jusqu’à atteindre le lac Inlé par la partie Ouest, en traversant des paysages incontournables du Myanmar, en dormant chez l’habitant dans des villages isolés, et en rencontrant des minorités ethniques qui cultivent les nombreuses plantations de fruits et légumes de la région. Une fois arrivés au lac, nous prendrons un bateau pour rejoindre le village de Nyang Shwe situé aux abords immédiats du lac, tout au Nord. Le bateau marquera quelques arrêts tels que des fabriques de produits d’artisanat local.

Pour ce trek « Kalaw – Inle – Nyang Shwe », deux possibilités s’offraient à nous :

  • Soit 3 jours et 2 nuits en marchant environ 20-25 kilomètres par jour et en prenant notre temps
  • Soit le mode « rapide » en seulement 2 jours et 1 nuit en prenant des raccourcis.

Nous optons bien évidemment pour la longue marche pour profiter au maximum des paysages : nous marcherons ainsi presque 70 km sur 3 jours.

Et pendant que nous marchons avec nos petits sacs à dos d’appoint, l’agence s’occupera d’acheminer nos gros sacs à dos principaux à l’adresse pré-choisie de notre logement sur place dans la ville de Nyang Shwe – nous devons donc réserver à l’avance notre logement avant le début du trek. C’est pratique !

Nous prévoyons ensuite de rester encore 2-3 jours sur place pour explorer plus en profondeur le Lac Inle et les alentours avant de continuer notre route sur le reste du pays.

Et par chance, nous pouvons nous greffer à un groupe quasiment complet qui part dès le lendemain matin. C’est décidé, nous inscrivons nos noms sur la feuille du groupe : c’est parti mon kiki !

Infos pratiques
Coût du trek 3J/2N avec Ever Smile : 40 000 kyats / personne, soit 25€
Inclus : guide, repas et logements, transfert des sacs à Nyaung Shwe, bateau de la fin du trek à Nyaung Shwe en passant par les ateliers d’artisanat local.
Non inclus : les boissons autre que de l’eau (la bière du soir !), les 10$ de droits d’entrée au lac Inlé

Jour 1 – De magnifiques paysages et une végétation luxuriante

Départ du trek à 09h00 à partir de l’agence Ever Smile. Nous rencontrons notre groupe de randonnée. Tout le monde est jeune et vient d’horizons différents, la moyenne d’âge devant se situer aux alentours de 25 ans. Le contact passe immédiatement bien et tout le monde nous paraît sympathique et avenant. Il y a Alli & TJ (un jeune couple de tourdumondistes en provenance des USA, avec qui nous sympathiserons beaucoup). Patricia (Brésil), Xavi (Espagne) et Romy (Pays-Bas).

Nous nous mettons rapidement en marche. Les paysages sont à la hauteur de nos espérances : nous passons à travers des plantations de fruits et de légumes. La végétation est belle dans sa splendeur luxuriante. Les fermiers qui s’attellent à leur labeur relèvent la tête pour saluer notre passage. Certains font la sieste, d’autres promènent leur buffle d’eau le long des nombreux cours d’eau qui sillonnent la vallée que nous traversons.

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On remarque sur les joues des femmes un baume blanchâtre. C’est du Thanaka, nous en parlons un peu plus loin dans l’article…

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Midi arrive rapidement et nous marquons une halte dans la maison de famille de notre guide, qui nous présente sa charmante femme tout souriante ainsi que leur jeune fille espiègle, haute comme trois pommes, qui n’arrête pas de rire et ne demande qu’à s’amuser avec nous.

 

Le repas est typique et délicieux : soupe de nouilles simple mais goûteuse, salade de concombres & cacahuètes (le mélange est frais et croquant. On adore !), assiettes de fruits, et pour finir, des confiseries locales : des boulettes de sucre brut. 

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Le temps de se reposer un peu sur les nattes posées au sol, et nous reprenons déjà la route. Les paysages sont toujours aussi superbes et verdoyants, avec d’innombrables cultures en terrasses.

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Sur le chemin, nous traversons des villages à la rencontre des locaux. Nous passerons à côté d’un atelier de découpe de viande à ciel ouvert (âme sensible s’abstenir).

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Apparemment, un mariage serait en cours de préparation dans les environs et tous les habitants des villages voisins s’affairent à cuisiner en quantité astronomique. Les mariages seraient des événements gigantesques où les mariés invitent l’ensemble des villages alentours en même temps !

Nous marchons quelques temps le long d’un chemin de fer (sûrement un vestige des colons britanniques). La voie ferroviaire est encore utilisée aujourd’hui : nous nous déportons de temps en temps pour laisser passer les trains. Mais pas d’inquiétude, ils ne roulent pas bien vite. Cela nous rappelle une partie de notre trek au Machu Picchu au Pérou sur les rails, quelques mois plus tôt.

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Nous débouchons rapidement sur une station ferroviaire, où nous en profitons pour faire une pause.

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Le coin a l’air sympa, alors c’est le moment parfait pour faire décoller notre fidèle drone pendant que certains marquent une courte pause. Et on avait vu juste, la vue aérienne est magnifique !

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William, curieux, décide de se lancer dans l’expérience de la noix de bétel birmane (on l’avait déjà essayée dans d’autres pays en Asie comme au Vietnam à Hanoï, mais à l’époque l’essai n’avait pas été un franc succès). Il achète cette fois un stock de quelques préparations de bétel dans un petit stand de confection à proximité.

 

La noix de bétel provient du palmier du même nom et elle est consommée pour ses vertus stimulantes, énergisantes, et pour le « buzz » fugace qu’elle procure au cerveau… Mais attention, à haute dose les conséquences sur la santé ne sont pas négligeables : addiction, dépendance, cancer des muqueuses de la bouche… Sans parler des dents qui rougissent et finissent par se déchausser des gencives.

La graine de bétel est enroulée autour d’une feuille de bétel tartinée d’épices mélangées avec du tabac et de la chaux. On met le tout dans la bouche et on mâche…
Le goût est…
comment dire…
étrange..
caustique…
à la fois métallique et végétal…
assurément fort !
Et ensuite vient ce fameux « buzz » au cerveau !
On a le tournis, un léger vertige. Peut-être même un peu d’euphorie !

La chaux agit comme un catalyseur et très vite, une réaction chimique se produit dans notre bouche, ce qui conduit à saliver en grande quantité… Il n’est pas bon d’avaler cette salive (entre la chaux, les alcaloïdes, le tabac, etc.) alors on la crache sur le sol. La noix de bétel colore la salive (et les dents) en rouge-sang alors on a l’impression de cracher un énorme mollard sanguin…

Bon… William crache, grimace, et re-crache encore et encore, tout en fourrant le reste des noix de bétel dans sa poche pour plus tard. Après tout, quand on commence une expérience, autant la poursuivre jusqu’au bout !

Nous reprenons la route. Nous traversons de nouveau des paysages agricoles verdoyants.

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Bientôt, le soleil commence à se coucher sur l’horizon tandis que atteignons le village de la tribu de Nu, où nous passons la nuit dans une ferme chez l’habitant.

Une pancarte « How to be a better traveller » nous surprend au premier abord, mais après une lecture attentive on glane tout de même quelques informations intéressantes. Par exemple, on y apprend que dans la culture birmane, la tête est la partie la plus sacrée du corps. Ainsi il est interdit de poser nos fesses sur les coussins !

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Pendant que notre guide aide la famille d’accueil à nous préparer le repas, nous nous empressons de prendre notre douche rustique à ciel ouvert, avant que la luminosité ne soit trop basse. Et oui, pas d’électricité pour la douche, il faut faire vite avant que le soleil ne se couche.

 

 

Jour 2 – A la découverte d’un mariage birman

Cette nouvelle journée est annoncée comme étant la plus grande journée de marche ! Après un petit-déjeuner local extrêmement copieux, nous partons dès 07h30 du matin et nous sommes rapidement rejoints par Julia et Aurél’, deux nouveaux randonneurs français qui ont opté pour le circuit court de « 2 jours / 1 nuit ». Mais ces nouveaux membres sont beaucoup plus taciturnes que le reste du groupe, et nous ne lierons pas de liens avec eux.

Nous remarquons que les paysages commencent à changer : la terre devient beaucoup plus aride et rouge.

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La vue en drone est superbe : un sol rouge brique constellé de petites taches vertes. Les champs créent l’effet d’une belle mosaïque !

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Sur la route, notre guide discute avec des locaux et on apprend que le mariage birman a lieu à proximité aujourd’hui même : quelle coïncidence ! C’est décidé, nous ferons un tour au mariage. Nous marquons une courte halte pour acheter une offrande aux mariés, comme l’exige la tradition birmane : nous achèterons du tabac et quelques paquets de cigarettes. Et William chiquera une autre noix de bétel.

C’est difficile de rater le lieu du mariage : des haut-parleurs suspendus plusieurs mètres au dessus du sol sur des poteaux crachent de la musique traditionnelle, et nous voyons de loin les locaux arriver.

Il y a presque 300 personnes assises par terre, sous des tentes d’appoint. Les organisateurs du mariage s’affairent au service et font des allers et venues sans cesse pour servir les repas. Ici, pas de carton d’invitation comme chez nous ! Tout le monde est invité, mais il est bien vu d’offrir des cadeaux aux mariés. Notre guide prend donc les quelques offrandes que nous avions achetées au préalable et s’engouffre dans la maison pendant que nous attendons sagement dehors. Au bout de 10 minutes, il en ressort et nous invite à nous installer à une table, sous le regard intrigué des invités qui nous dévisagent… Il faut dire aussi que nous sommes les seuls étrangers ici.

Nous profitons de l’ambiance autour de nous en observant les gens assis qui discutent et rient, en prenant quelques photos.

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A l’arrière des tentes, les hommes s’affairent en cuisine. Le riz cuit dans de grosses marmites tandis que les sauces piquantes sont préparées en grande quantité au pilon. C’est qu’il y en a des bouches à nourrir !

 

Au bout de quelques minutes, des assiettes nous sont servies à table… pleines de nourriture.

Hein ? Quoi ? Comment ça ?
Il n’est que 10h00 du matin !!

Nous avions pris un copieux petit-déjeuner à peine quelques heures auparavant. Mais déjà le déjeuner est servi devant nous ! Encore une fois, le repas est simple mais très bon : une portion du riz, un peu de viande, des légumes, et des galettes frites végétariennes… Mais nos estomacs arrivent très vite à saturation et nous ne pouvons pas venir à bout de nos copieuses assiettes.

Il est temps de reprendre la route ! William est parti dans sa lancée et rachète de la noix de bétel, vu que son stock commençait à diminuer dangereusement. Il mâchonnera ainsi des noix de bétel durant tout le trek. Heureusement pour lui, ses dents resteront en place sans tomber par terre.

Midi est là et nous le sentons rapidement : le soleil pointe haut dans le ciel et le mercure grimpe. De plus, le paysage change légèrement et devient plus aride, et les pauses sous les rares arbres que nous rencontrons en chemin nous font le plus grand bien. Le parcours se creuse et se vallonne : nous montons et descendons les collines.

Le guide nous propose alors l’expérience du Thanaka : ce produit cosmétique typiquement birman se présente sous la forme d’une pâte de couleur jaune d’origine purement végétale. Hommes, Femmes et Enfants s’en badigeonnent les joues pour bénéficier de ses vertus anti-rides, anti-vieillissement, anti-coup de soleil, anti-acné, etc. Pour cela, il suffit de mouiller la pâte avec un peu d’eau avant de s’en tartiner le visage.

Chacun se prête à l’expérience, et il faut avouer que la sensation de fraîcheur mentholée qui irradie notre peau immédiatement après application est absolument bluffante ! C’est décidé, on en achètera avant de quitter le Myanmar…

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En passant à travers les petits villages, nous nous arrêtons dans un stand de confection artisanale d’écharpes.

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Pour le midi, nous nous arrêtons dans la maison d’un villageois. Sur le sol, on peut voir l’objet qui permet de faire du thanaka : une dalle de pierre circulaire sur laquelle on frotte l’écorce de thanaka avec de l’eau, pour en obtenir une pâte. Le petit canal tout autour permet de récupérer l’eau.

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Comme partout ailleurs, les toilettes de la maison où nous avons fait notre pause déjeuner sont rustiques : un petit trou, et un baquet d’eau pour la tirer la chasse. Et encore, celles-ci étaient particulièrement propres ! C’est qu’on ne pense pas tous les jours à prendre son appareil photo pour aller aux toilettes…

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L’après-midi, nous poursuivons notre route de par des paysages de terre rouge :

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Nous passons la nuit au village Part Tu. Nous dormons dans un grenier aménagé en immense dortoir, avec juste quelques matelas fins au sol pour poser nos sacs de couchage. Le confort est toujours autant rudimentaire, mais cela nous convient.

La douche est de nouveau en plein air, mais on a encore plus les fesses à l’air que la veille : trois murs de béton levés jusqu’à 1,50m et on peut même continuer à discuter en prenant sa douche au seau !

Alors que tout le monde – dont Claire – était couché, William, Xavi et T.J. prolongent la nuit en discutant autour d’une bière et en mastiquant quelques noix de bétel.

Xavi notre camarade espagnol avec sa grosse barbe hirsute, son regard bienveillant et son sourire contagieux, nous a raconté son histoire… Il a quitté son job en Espagne pour se lancer dans une aventure humanitaire au Myanmar. Il a décidé de vivre dans un monastère et d’aider les moines dans leurs tâches. L’un des objectifs de ce monastère est d’agir en tant que centre médical de proximité pour les personnes n’ayant pas assez de moyens pour se rendre à l’hôpital. Sauf que les moines n’ont bien évidemment pas suivi de formations pour être médecins ou chirurgiens. Alors ils improvisent…

D’après Xavi, le pire était les accidentés de la route (car oui, au Myanmar comme dans la majorité des pays asiatiques, les gens roulent sans casques sur leurs mobylettes). Il a raconté à William l’horrible histoire d’un blessé, avec une fracture ouverte sur l’omoplate à l’arrière de son dos, qui était resté alité durant plusieurs jours avant que les moines, débordés et surtout ne sachant pas vraiment quoi faire, ne commencent à lui prodiguer des soins. Les blessés prenaient leur mal en patience car ils n’avaient pas d’autre choix que d’attendre que les moines s’occupent d’eux. C’était leur meilleure chance pour s’en sortir.

Xavi relatait des détails tellement macabres, dignes de films d’horreur (les moines devaient faire avec les moyens du bord…) qu’on a fini par se demander si cette histoire n’était pas montée de toutes pièces… et puis… on a vu des photos prises avec le téléphone de Xavi…

Mise à part le côté glauque des photos, cette discussion a vraiment secoué William. Si bien qu’en fin de soirée, nous ne trouvons plus les mots pour clôturer la discussion et nous nous quittons sur une longue accolade. Nous étions admiratifs devant le parcours de Xavi.

C’était aussi intéressant de découvrir cette partie du Myanmar que nous ne connaissions pas : un système de soin qui s’adapte à la majorité des habitants d’un pays encore pauvre, la souffrance d’un peuple. On imagine bien que le Myanmar n’est pas le plus mal loti des pays du sud-est asiatique, mais d’avoir le retour d’expérience d’une personne qui a vu toutes ces choses de ses propres yeux, c’est toujours différent.

Jour 3 – L’arrivée sur le lac et le trajet en bateau pour rejoindre Nyang-Shwe

Départ 06h30 après un nouveau copieux petit-déjeuner. Nous saluons la famille qui nous a accueilli pour la nuit et entamons notre descente vers le lac.

Sur le chemin, nous croisons des rampes de lancement pour fusées artisanales, tirées durant des festivités locales. Le guide nous montre sur son téléphone des vidéos de tir de fusée, c’est impressionnant ! On ne s’étonne pas lorsque le guide nous annonce que tout cela reste dangereux et que chaque année, des gens sont blessés plus ou moins gravement.

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Nous passons à côté d’un arbre sacré : les locaux l’appelle le « banyan tree » (banian en français) avec ses branches qui sinuent au dessus de nos têtes pour nous apporter de l’ombre. Le guide est formel : il est strictement interdit de cracher sur l’arbre !

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Un peu plus loin, le guide nous montre des petites mûres jaunes/oranges. Une petite pause gourmande pour en cueillir quelques unes sur le chemin.

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Ici, nous nous étonnons devant une ligne de craie blanche ou calcaire . C’est en fait la délimitation du terrain des fermiers.

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Vers 12h00, nous arrivons enfin sur les bords du lac. Le paysage a encore changé. On est revenu à une végétation plus verte, avec des palmiers en prime. On sent la fraîcheur ! Avec nos 65 kilomètres dans les jambes, nous avons hâte de prendre une bonne douche et de nous reposer, même si de manière générale, le trek est assez facile avec assez peu de dénivelé.

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Nous prenons le temps de déjeuner en partageant la fameuse bière du « réconfort après l’effort », avant de monter à bord des bateaux qui nous attendent.

Le Lac Inle, réserve UNESCO de Biosphère

Le Lac Inle est situé à une altitude de 884 mètres et s’étend sur presque 22 kilomètres de long et 11 kilomètres de large.

Tout comme le lac Tonlé Sap au Cambodge (cf article ici), ce lac vit au rythme de la saison des pluies mais son amplitude est moins impressionnante : sa profondeur moyenne varie entre 2m et 4m. C’est pourquoi les maisons sont sur pilotis : tantôt les fesses dans l’eau, tantôt dressées hors de l’eau.

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En 2015, l’UNESCO reconnaît le lac comme étant une Réserve de Biosphère, connu pour ses cultures de fruits et légumes variés sur des jardins flottants qui recouvrent un tiers de la surface du lac.

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Le lac est aussi connu pour ses nombreuses minorités ethniques donc les Inthas, appelés aussi les « enfants du lac Inle ». Les Inthas sont un peuple de pêcheurs qui ont pour particularité d’utiliser une seule jambe pour diriger leur barque, tandis que de leurs deux mains libres ils manient une nasse conique pour attraper les poissons.

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Aujourd’hui, on compte environ 120 000 personnes qui habitent autour ou sur le lac. Les maisons lacustres se sont rassemblées en véritables villages flottants. Il y a même une centrale de production d’électricité hydraulique qui alimente une grande partie du pays.

Ici on consomme majoritairement de la carpe. Mais on a lu quelque part que la pollution du lac était en augmentation constante en raison de l’agriculture florissante et de la démographie croissante de la population locale, rendant ainsi la consommation des poissons de moins en moins recommandée.

L’artisanat sur le Lac Inle

Les bateaux que nous prenons à la fin de la randonnée ne nous amènent pas directement au village de Nyang-Shwe : on a droit à un petit tour dans les jardins flottants, les jacinthes d’eau (qui apparemment seraient invasives)… mais également dans les boutiques d’artisanat.

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A chaque arrêt, on se fait accoster par des vendeurs ambulants sur barque qui veulent nous vendre leur marchandise :

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Nous visitons les ateliers suivants :

  • atelier de travail or/ argent

 

  • atelier de tissage de soie , coton & fibre de lotus

 

  • fabrication de cigares (avec différente saveurs : tabac, miel, tamarin, sucre brun, alcool de riz, banane ou même anis étoilé)

 

  • fabrication de bateaux

 

Nous croisons un membre de la tribu des « longs cous » : les « Pa-Daung ». Cette minorité ethnique du Lac Inle est un sous-groupe d’environ 7000 personnes tibéto-birmanes, connue pour leurs « femmes-girafes ». Contrairement à ce que l’on pourrait penser, ce ne sont pas des anneaux que les femmes portent mais une spirale entière, composée en laiton. Les femmes commencent à porter leur première spirale à l’âge de 9 ans. Elles alternent ensuite les changements de spirales en faisant de « grands » ou des « petits » changements en fonction de la poussée de croissance et la déformation des côtes, des épaules et des clavicules sous le poids des spirales. Car c’est en fait une déformation des côtes et du torse qui s’opère (avec un affaissement vers le bas), et non une élongation des vertèbres. A 25 ans, c’est finalement la dernière spirale qui pèsera pas loin de 8 kilogrammes, avec un maximum de 25 tours. La légende dit que ces anneaux spirales seraient portés pour la « Protection du Tigre », qui se casserait les dents sur leur cou d’acier.

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Après ce dernier arrêt touristique, nous filons vers le village de Nyang-Shwé, tout en profitant de la vue sur ce lac magnifique et insolite.

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L’arrivée au village Nyang-Shwe

Nyang-Shwe est le regroupement de plusieurs villages en bordure du lac Inle, comptant aujourd’hui près de 70 000 habitants. Nous prévoyons d’y rester quelques jours le temps d’explorer le lac et de nous reposer après le trek, Nyang-Shwe étant très bien équipé pour accueillir le flux de voyageurs : chambres d’hôtes, auberges de jeunesse, bars et restaurants.

Le soir-même, nous retrouvons nos camarades de trek au rooftop de leur auberge de jeunesse, l’Ostello Bello, où nous ferons la rencontre d’autres personnes : une jeune voyageuse anglaise qui connaissait déjà Alli & T.J., un groupe de 5-6 jeunes français qui mettaient l’ambiance en jouant au beer pong, etc. Nous nous retrouvons au final à une vingaine de fêtards, à boire des cocktails en terrasse. Tout le monde discute et rigole, l’ambiance est relax, festive. On se croirait dans une soirée en métropole, à mille lieux de la Birmanie.

En discutant avec le groupe de français, nous apprenons qu’un de leurs amis a été mordu quelques jours auparavant par un chien errant, en rentrant de soirée sur Nyang-Shwe. Mais ce jeune français a eu la chance : une clinique dans les environs possédait quelques injections contre la rage. Nul besoin d’aller jusqu’à Bangkok !

Pour rappel, voir article sur les vaccins : sans intervention, la rage a un taux de mortalité de 100% et se faire vacciner contre la rage ne nous évite pas la case « hôpital », mais donne seulement une marge supplémentaire [5 jours au lieu de 3 jours] pour se rendre dans le centre antirabique le plus proche pour se faire soigner.

Or, on nous avait dit lors de notre préparation du voyage qu’il n’y avait pas de centre antirabique au Myanmar, le plus proche étant à Bangkok en Thaïlande.

Bon… ces histoires ne nous rassurent pas trop, mais nous continuons tout de même la soirée sur le rooftop, en jouant au beerpong (ou plutôt à sa variante intitulée la « rage cage » un jeu basé sur le même principe que le beerpong, mais en plus « belliqueux » avec la possibilité de verrouiller une pauvre personne dans un cercle éthylique vicieux… Finalement, quand on parle de « rage » )…

Vers 02h00 du matin, le personnel de l’Osto Bello nous demande de descendre dans la cour au rez-de-chaussée qui donne sur la rue, pour éviter de faire trop de bruit dans les étages supérieurs. La soirée reprend son cours…

Mais soudainement, des aboiements à proximité se font entendre et tout le monde tourne le regard en direction du vacarme : des chiens errants se sont infiltrés par le portail d’entrée resté ouvert, et commencent à se battre à coups de crocs avec les chiens de l’hôtel (d’habitude de tempérament docile et doux).

Dans la bataille, les chiens se bousculent à proximité d’une touriste anglaise et l’un d’eux lui mord accidentellement la jambe.

Nous réussissons à séparer les deux groupes de canidés et à faire fuir les chiens errants. La touriste anglaise est soignée sommairement par le personnel de l’hôtel : la blessure n’est pas très importante, mais est assez profonde pour avoir quelques gouttes de sang. La jeune hésite entre minimiser l’accident (après tout… ce n’est pas grand chose ! On voit à peine la morsure. Et les piqûres c’est pas fun…) et prendre au sérieux le risque de la rage. Mais face aux incitations pressantes de tous les autres touristes, elle acceptera d’être conduite à la fameuse clinique pour avoir une injection contre la rage.

Malgré cette mésaventure, la soirée se finira à une heure très très tardive… On a perdu le compte du temps ! En rentrant à notre hôtel, on faisait moins les fiérots : on rasait les murs, en veillant à ne pas faire trop de bruit et en tendant l’oreille afin de guetter l’arrivée d’un gang de chiens errants.

Notre logement était situé à 15-20 minutes de marche et lorsque nous arrivons enfin, c’est le soulagement ! Ouf, on n’a pas croisé de chiens belliqueux !! Mais ZUT, le portail est fermé de l’intérieur ! Résultat : nous avons dû escalader la barrière comme des voleurs afin de pouvoir regagner notre chambre… Notre escalade furtive a tout de même réveillé le gardien, qui est sorti de sa chambre en braquant sa lampe torche sur nous. Après un rapide échange oral – il ne parlait pas anglais mais il a bien compris qu’on avait notre chambre ici – le gardien est reparti en grommelant des mots incompréhensibles tandis que nous nous regagnons dans notre lit douillet pour un repos salvateur.

Pffffiiiiiou on est rincé ! zzZzzZzz……

Jour 4 : Balade en vélo – une source d’eau chaude, une dégustation dans un vignoble, soirée beerpong et (encore) une attaque de chiens errants !

Nous décidons de louer un vélo en compagnie de Romy et Xavi. Les américains Alli & TJ louent également un vélo de leur côté, mais ils prévoient un départ plus tardif et un itinéraire plus court. Nous partons donc tous les quatre et nous essayerons de nous retrouver plus tard au cours de la journée.

Nyang Shwe est situé au Nord du lac, et nous partons par la route côté Ouest, longeant le lac Inle par le côté gauche.

Infos Pratiques :
Location bicyclette : 3000k/jour (soit 2€/jour)

Une baignade dans une source d’eau chaude « naturelle »

Oui, les guillemets dans ce titre ont leur importance.

Notre première halte est le village de Khaung Daing, avec sa source d’eau chaude naturelle : le Khaung Daing Nature Hot Spring.

Bon…

Sur la carte le mot « Nature » nous avait fait de l’œil. Mais une fois arrivés sur place, nous déchantons rapidement : c’est une sorte de mini-complexe hôtelier, avec des arbres en plastiques et des clôtures partout. Après s’être acquittés du droit d’entrée (exorbitant pour le pays !) de 10 USD, nous nous dirigeons vers les vestiaires pour nous changer.

D’ailleurs, les vestiaires hommes/femmes sont indiqués respectivement par « Superior » et « Female »… Sympa…

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Une fois de l’autre côté, DÉCEPTION ! A part l’eau de source, le site n’a rien de « naturel » comme le nom le laissait entendre… Nous avons là plusieurs bassins artificiels d’eau à différentes températures, sans aucun charme. Mais vu qu’on a payé, autant en profiter. L’eau est effectivement très chaude et nous nous relaxons tout de même, à discuter tout en barbotant dans l’eau. Après ces trois jours de marche, nos muscles se détendent enfin et cela fait un bien fou !

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Infos Pratiques :
Droit d’entrée au « Khaung Daing Nature Hot Spring » : 10 USD – gloups !-

Une visite gustative au Tofu Palace

Nous remontons ensuite sur nos vélos pour rejoindre, un peu plus loin, le « Tofu Palace« , situé également au bord du lac. Sur place, nous avons droit à une visite guidée dans quelques ateliers et maisons des villageois spécialisés dans la confection de friandises et confiseries en tout genre. On nous promet de goûter à presque 22 spécialités locales ! Nous goûterons à beaucoup de choses : des friandises de riz ou tofu cuites dans l’huile, dans le sucre, chauds, tièdes, coulants, croustillants, etc.

 

La fabrication de tous ces bonbons est très artisanale : dans des remises à l’arrière des maisons, dans des vieux seaux ou bassines… Mais bon, ça donne du goût ! Il faut juste ne pas confondre les bidons !

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Bon au final, nous n’aurons pas goûté à 22 choses différentes (et heureusement pour notre foie !), mais la visite est sympa et nous finirons sur une dégustation de tofu frit (ben oui, on est quand même au « tofu palace »‘)…

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Il est temps pour nous de repartir vers Nyang Shwe, au Nord du lac. Pour gagner du temps, nous décidons de tenter la traversée en bateau, plus rapide et directe. En discutant avec les locaux, nous réussissons à négocier un trajet vers Nyang Shwe sur un bateau de pêcheur pour y charger nos vélos et nos fesses. Super !

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Infos Pratiques :
Visite du « Tofu palace » avec dégustation : 3000k (soit 2€)
Le rapatriement en bateau avec les vélo : 10000k/bateau (soit 6.75€)

La visite du vignoble Red Mountain Estate

Une fois revenus à Nyang Shwe, Xavi l’espagnol doit malheureusement repartir et nous faisons nos aurevoirs.

Avec Romy, nous enfourchons de nouveau nos vélos pour rejoindre le vignoble « Red Mountain Estate Vineyards and Winery« , situé à l’Est de Nyang Shwe. Ce vignoble est situé depuis 2002 sur une colline qui surplombe le lac Inle. Après une journée de vélo sous le soleil, la soif se fait sentir et nous trouvons le courage pour pédaler encore jusqu’au domaine.

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Ici, le vin à très bonne réputation. On y produit du vin rouge, du vin blanc et du rosé, à partir de cépages connus comme le sauvignon blanc et le chardonnay blanc, provenant de quelques 400 000 pieds de vignes importés de France et d’Espagne. Le site bénéficie également de la présence sur place d’œnologues français pour aider à la vinification. La récolte du raisin est assurée par les locaux (principalement les femmes Pa-O, l’un des plus grands groupes ethniques de l’Etat de Shan).

Nous garons nos vélos avant de grimper l’escalier qui mène au bâtiment d’accueil situé au sommet de la colline. Et c’est là où nous tombons nez à nez avec nos amis américains Alli & TJ ! Quelle coïncidence !

Comme nous arrivons à une heure tardive, nous ne pourrons pas visiter la zone de fabrication du vin. Alors, nous filons tous ensemble dans la salle prévue pour les séances de dégustation (« Wine Tasting » dans la langue de Shakespeare). La dégustation comprend 2 verres de vin blanc et 2 verres de vin rouge de cépages bien connus : Sauvignon blanc, Syrah et Shiraz-Tempranillo. Peut-être que nos palais sont trop difficiles, ou au contraire que le voyage a émoussé nos papilles pour la dégustation de vin : mais nous ne sommes séduits par aucun des quatre verres de vin: trop acides, trop courts en bouche, peut-être trop jeunes… Il existe également le rosé local (le « Inle Valley Rosé ») mais nous n’avons pas l’occasion de le goûter.

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Une fois la dégustation terminée, nous décidons de prolonger ces bons moments en prenant place sur la terrase pour commander quelques bouteilles de sauvignon blanc (la moins pire finalement !). En si bonne compagnie et avec cette vue imprenable sur le lac au soleil couchant, nous passerons (encore une fois) un excellent moment de convivialité !!

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Les bouteilles s’enchaînaient si bien qu’à un moment donné, il fallait bien être honnête : on n’était plus très sûr d’être capable d’enfourcher à nouveau nos vélos. Mais le soleil commence déjà à disparaître et il faut retourner sur nos bécanes pour attaquer le chemin du retour vers Nyang Shwe avant que la visibilité ne se dégrade trop. La descente de la colline vinicole et le vent frais sur nos visages nous ravigotent l’esprit et cela nous aide peut-être (sûrement?) à garder l’équilibre sur nos deux-roues.

Mais… La soirée n’est pas finie, loin de là !!!!!

Infos Pratiques
La séance de « wine tasting » au Red Mountain Estate Vineyards and Winery : 5000k/personne (soit 3.5€/personne). Environ 15000k la bouteille de sauvignon blanc (soit 10€/bouteille).
Plus d’infos ici : http://redmountain-estate.com/history.html

De retour à Nyang-Shwe pour faire la Fiesta Round 2

Une fois les vélos rendus à l’agence de location, nous nous dirigeons tous ensemble au Chilla Bar pour un repas très occidental : burgers et bières.

Bien repus, nous échouons (encore une fois) sur le rooftop de l’Ostello Bello. Nous jouons au rage-cage et au beer-pong tout en discutant et rigolant. Comme la veille, le rooftop fermera pour éviter les nuisances sonores et nous descendrons dans le hall d’entrée du rez-de-chaussée. La soirée continue de plus belle et nous décidons finalement de migrer sur les berges du lac après s’être ravitaillé en boissons diverses et variées dans une supérette encore ouverte. Nous discutons longuement avec tout ce joli monde et passons une superbe soirée.

L’heure tourne et il est presque 04h00 du matin. Il est temps de rentrer car, contrairement à nos partenaires festifs qui dorment à l’Ostello Bello à seulement quelques mètres de là, nous avons 20 minutes de marche pour rejoindre notre chambre…

Fatigués par notre longue journée en vélo et un peu euphoriques par cette overdose de bonne humeur et d’alcool, nous saluons nos camarades et commençons à marcher pour rentrer chez nous. L’air est frais et agréable, et nous déambulons dans les rues de Nyang Shwe sous la lueur de la lune qui brille dans le ciel.

Nous débouchons rapidement sur la longue artère qui mène à notre logement. La voie est déserte et nous marchons d’un bon pas et en silence, pour retrouver au plus vite le doux confort de notre oreiller.

Mais soudain, nous entendons derrière nous des bruits de pas, rapides et feutrés. Presque furtifs…

*pat pat pat*

Nous nous retournons pour apercevoir une silhouette qui se détache de l’obscurité : c’est un gros chien noir, les oreilles pointues et les yeux luisants, qui s’avance lentement vers nous sous la lumière du lampadaire.

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Claire fait un bond et se réfugie rapidement derrière William. Le chien errant commence à grogner en montrant ses canines

*grrrrrrrrr*

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Très rapidement, le reste de la meute se révèle : il y a 4-5 canidés qui se tiennent devant nous.

Les chiens avancent lentement, le regard fixé sur nous et la tête près du sol, les babines plissées et les dents bien en évidence…. Certains commencent déjà à claquer leurs mâchoires d’un air menaçant…

A ce moment-là, vraiment on ne faisait pas les fiers. Et personne pour appeler à la rescousse, tout le quartier dormait.

D’un rapide coup de tête en arrière, nous évaluons la distance qu’il nous reste à parcourir pour arriver en sécurité à notre hôtel : quelques centaines de mètres…. Et surtout, le portail sera (encore) fermé et on devra l’escalader, au risque de se faire mordre les mollets par les chiens errants. La fuite en prenant les jambes à notre cou ne semble donc pas être la meilleure des options.

Doucement, nous commençons à marcher à reculons tout en veillant à ne pas quitter des yeux les chiens.

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Puisque la fuite n’est pas envisageable, William se dit que quitte à se faire mordre et nécessiter une injection anti-rabique, autant en profiter pour se rebiffer et montrer à ces chiens errants qui c’est le patron. (quelques verres et on est invincible, c’est bien connu ! )

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Et quitte à aller à la clinique, autant ne pas embarquer Claire dans l’histoire… Si ça se trouvait, il ne restait qu’une seule dose de vaccin antirabique, il valait mieux maximiser les chances de survie !

Un rapide mouvement de bras pour indiquer à Claire de rester en arrière, et William commence à s’avancer lentement en direction des chiens, en agitant les bras et en produisant des sons graves pour paraître plus menaçant.

 

Et c’est là que William remarque que les queues de certains chiens remuaient et frétillaient timidement.

Ah ! Peut-être une fin pacifique à cette histoire ! Lentement, William tend la main vers le premier chien, sa main ouverte paume vers le haut pour ne pas montrer de signe d’hostilité.

Au bout de quelques secondes (qui nous semblent interminables), le chien se décide à lécher la main de William et toute la horde de canidés se détend immédiatement. William caresse doucement la tête de chaque toutou, comme pour leur indiquer qu’il est copain-copain avec tout le monde.

Nous finissons par rentrer à notre hôtel escortés par notre troupe de chiens qui gambadaient joyeusement tout autour de nous en léchant les mains de William, tandis que Claire, pas rassurée du tout, gardait ses mains bien en hauteur tout en essayant de maintenir une distance de sécurité avec les chiens.

Bien évidemment, le portail était encore fermé, et nous avons dû une nouvelle fois escalader la palissade pour regagner notre chambre. William saluera affectueusement ses copains à poils (avant de méticuleusement se laver les mains une fois arrivés dans la chambre…) tandis que Claire lâchera un long soupir de soulagement. Quel moment d’angoisse !!

On apprendra plus tard que les locaux utilisent une autre technique : le caillassage des chiens errants. Il suffit de se baisser pour feindre de ramasser un caillou pour que les chiens, bien habitués à se faire rosser, se mettent rapidement à détaler de peur de recevoir un palet sur le ciboulot. L’autre avantage indéniable : le stock de munitions-cailloux est quasiment illimité, le sol en sont jonché…

Jour 5 – Le Repos des Guerriers

Après toutes ces émotions, le réveil est extrêmement difficile, surtout pour William qui a un peu forcé sur le goulot de la bouteille… (on se demande même comment il a pu gérer l’histoire des chiens errants quelques heures plus tôt).

Nous nous permettons une belle grasse matinée en dormant jusqu’à… 15h00 du matin ! Avant de prendre notre petit-déjeuner/dîner vers 20h00 au resto « Htoo-Htoo Aung », à deux pas de notre hôtel, pour déguster le poisson grillé du lac.

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Bilan de cette cinquième journée : pas très productif mais un repos absolu qui nous a fait le plus grand bien !!!! Et la soirée de la veille n’a pas été rude uniquement pour nous, nos copains de trek sont aussi restés cloîtrés dans leur chambre toute la sainte journée. Tournée générale de gueule de bois !

Jour 6 – Visite guidée en bateau: des pagodes, des jardins flottants, des villages authentiques…

Frais comme des gardons au petit matin du jour suivant, nous décidons de dédier cette journée pour faire un tour en bateau. Pour faire au plus simple sans perdre trop de temps, nous passons directement avec notre hôtel pour réserver un tour en barque et partir explorer l’autre côté du lac.

La pagode Shwe Inn Dain

Notre premier arrêt en bateau est la pagode Shwe Inn Dain, située à l’Ouest du Lac Inle près du village Inn Dain Khone. Nous prenons un long escalier couvert long de 700 mètres. Les étals de marchands sont vides et il n’y a personne, mais sans nul doute que les jours d’activités, ça doit fourmiller dans tous les sens !

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Sur le chemin, nous passons à côté de belles pagodes en ruines, perdues dans la brousse. On décide d’aller s’y perdre et de déambuler en caressant des siècles d’histoires oubliés : pas d’écriteau, pas d’explications. Rien… Seulement un cimetière de 1001 pagodes.

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Au bout de l’escalier, nous arrivons enfin à la fameuse pagode Shwe Inn Dain (ou Inn Tain – quand la langue birmane utilise notre alphabet, l’orthographe est souvent approximative).

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Cette pagode est très sympa à visiter. Nous marchons (pieds nus évidemment) sur une allée carrelée parmi des milliers de stupas.

Sur le chemin du retour, nous observons le quotidien des habitants qui prennent leur bain tout habillés dans la rivière. Ici le maillot de bain n’existe pas !

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La pagode flottante sacrée Paya Phaung Daw Oo

Notre second arrêt sera la pagode Paya Phaung Daw Oo, un lieu majeur de culte, flottant sur le lac et uniquement accessible par bateau. Il y a d’immenses estrades avec des marchands et artisans en tout genre.

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A l’intérieur, en haut d’une estrade de quelques marches, nous remarquons la zone sacrée qui se trouve devant des « rochers » entièrement recouverts de feuilles d’or. Nous comprenons bien vite que seuls les hommes ont le droit d’aller poser les feuilles d’or, comme pour le Rocher d’Or de la pagode Kyaitiyo.

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Ces « rochers » sont en fait 5 statues de bouddha qui à force d’être recouvertes de feuilles d’or par les fidèles ont fini par se transformer en boules dorées…

Déjeuner local dans un restaurant flottant

De retour sur le bateau, nous naviguons cette fois entre les jardins flottans tout en admirant la diversité des légumes cultivés : nous ne sommes pas sûrs mais on a bien cru reconnaître des tomates, courgettes, concombres et cucurbitacées en tous genres.

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Nous déjeunons rapidement dans un restaurant flottant avec un menu typique à base de légumes cultivés sur le Lac. C’est simple et typique certes, mais gustativement ce n’est pas non plus transcendant…

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Le village de Maing Thauk

Ce village flottant est situé sur les rives du lac. Il y a un superbe pont en bois de presque 500 mètres de long qui traverse le village. Nous avons de la chance d’arriver pour la sortie de l’école et de voir tous les écoliers reprendre le chemin de la maison.

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La vue sur les jardins flottants est superbe avec le soleil qui commence à décliner.

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C’est la fin de notre trip en bateau, il est temps de regagner Nyang-Shwe. Finalement, comme le lac est très grand, il faut bien prévoir une journée en bateau pour le traverser du nord au sud en y intégrant quelques points de visites. A la fin de cette journée, nous descendons de notre bateau les fesses endolories par le trajet peu confortable.

Goodbye Nyang-Shwe

Nous récupérons nos sacs à dos pour nous préparer à quitter Nyang-Shwe : nous avons en effet réservé notre bus pour Bagan à 20h00.

Nous proposons à Alli et TJ de se retrouver une dernière fois dans un bar pour dîner, jouer aux cartes (Kobo!) et partager un ultime verre de l’amitié avant de se quitter en se promettant d’essayer de se revoir, pendant ce voyage ou un autre, sur l’autre côté de la planète qui sait ?

Infos Pratiques
Le
tour en bateau avec guide d’une journée : 23 000 kyats/personne (soit 15€/pers)

Où manger à Kalaw ?

Sans hésiter au petit restaurant local Pyae Pyae shan noodle : des soupes de nouilles délicieuses et pas chères. Le resto est situé sur la route principale, en dehors du centre-ville. Attention, par contre ils ferment tôt (20h-20h30)

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Où dormir à Kalaw ?

Parami motel : hôtel correct pour passer la nuit avant notre trek (23 000 kyat/nuit, soit 15€.

Où manger et boire un verre à Nyang Shwe ?

Chill bar est un petit restaurant correct qui sert de la bière et des burgers. Pas très local, mais ça change…

Pour boire un verre, le rooftop du Ostello Bello est vraiment super sympa ! On y aura passé plusieurs soirées à rencontrer plein de monde

Pour les plats, nous avons fait confiance aux locaux qui nous emmenaient à droite à gauche pour manger des plats simples et typiques :

  • Brinjal : salade d’aubergines du lac Inle (à droite sur la photo)

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  • Poisson grillé du lac Inle (au restaurant « Htoo-Htoo Aung ») : du poisson grillé du lac, servi dans une feuille de bananier avec des légumes et du riz. Le cadre est chouette, avec une terrasse tout en bambou.

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Où se loger à Nyang Shwe ?

Nous avons logé à la maison d’hôtes The Green vally Inn. Des chambres doubles sans prétention, avec un confort sommaire (14$/nuit, on a pu négocier un peu ensuite vu qu’on restait plusieurs nuits).
La plupart des voyageurs s’arrêtent à l’Ostello Bello : une auberge de jeunesse avec dortoirs partagés, très dynamique avec un rooftop et un bar avec des consommations pas chères, des tables de ping-pong (pour quelques parties endiablées de « beer-pong » ou pire encore : la « rage-cage »), des activités comme karaoké en plein air sur le rooftop, etc. Mais nous avons préféré (comme à l’habitude) avoir notre chambre privée rien qu’à nous et être plus tranquilles.

Conclusion

Ce qu’on a aimé :

  • Le trek et ses magnifiques paysages
  • Avoir eu la chance de voir un mariage birman pendant le trek
  • Le lac et ses cultures maraîchères, ses pêcheurs, son ambiance particulière si apaisante (la visite en bateau est un must-do ! Le tour du lac en mobylette n’aurait pas été aussi bien à notre avis)
  • Notre groupe de trek, vraiment très sympa. Nous échangerons nos numéros pour garder contact, en espérant se revoir un jour. On se rappellera des nombreuses discussions pendant le trek et de ces soirées animées sur le rooftop de l’Ostello Bello et sur les berges.
  • Le tour en vélo avec nos copains de trek et l’apéro avec le reste du groupe au vignoble pour se partager quelques bouteilles de sauvignon blanc au soleil couchant. Que de bons souvenirs !
  • L’expérience des noix de bétel… Mais alors VRAIMENT pour l’expérience et surtout pas pour le goût ! Même si après quelques recherches, ce produit est vraiment à consommer avec modération (dépendance, cancer de la bouche, déformation chromosomique des muqueuses de la bouche… Bref, rien de bien joli joli)

Ce qu’on a moins aimé :

  • Le tour des artisanats sur le lac. C’était une étape obligatoire à la fin du trek avant d’atteindre le village de Nyang-Shw (inclue dans la prestation), et on sent bien le côté attrape-touriste.
  • L’attaque des chiens errants. Et notre histoire n’est malheureusement pas un cas isolé : les chiens de Nyang Shwe sont vraiment belliqueux. Heureusement aucun de nous deux n’aura été mordu… Et vu ce qui s’est passé, cela relève du miracle…
  • Le hotspring : très très très cher pour ce que c’est. Nous aurions préféré trouver une source d’eau chaude naturelle
  • Le tour en bateau sur la région Sud du lac est sympa mais on a vraiment préféré la traversée du lac en elle-même (à travers les cultures et les zones de pêche) plutôt que les stops que nous avons faits dans les villages, pagodes et stupas en ruines…
  • Le lac est immense, ce qui nous oblige à voyager à bord de bateaux équipés de moteurs : c’est pratique et rapide, mais polluant et bruyant !

Ce qu’on aurait aimé faire :

  • Passer plus de temps avec les familles d’accueil lors du trek. Au final, nous n’avons pas pu croiser tant de locaux que ça, les membres des familles d’accueil restaient la plupart du temps enfermés dans la cuisine de leur maison pendant que nous dînions à l’extérieur, puis venait l’heure de tomber dans les bras de Morphée.
  • On aurait aimé avoir la possibilité de louer un bateau à rames ou n’importe quel autre moyen de propulsion manuelle… Histoire de découvrir le lac sans le bruit des moteurs diesel. Peut-être que cela existe, mais nous ne l’avons pas trouvé

Nous montons dans le bus, l’esprit chargé de souvenirs forts : le super trek de 3 jours, cette découverte fabuleuse du lac Inle et ses habitations lacustres, ses plantations sur l’eau, ses pêcheurs… Et les soirées déjantées jusqu’au bout de la nuit comme on en n’a pas fait depuis longtemps !!

Nous clôturons donc ce périple sur le lac Inle que nous avons tout simplement ADORÉ !!! C’est donc sans hésiter que nous ajoutons cette étape dans notre Carte Interactive des Coups de Cœur

Prochaine étape : nous nous dirigeons vers les temples de Bagan pour visiter sa zone archéologique et contempler les montgolfières dans le ciel

 

2 commentaires sur « (J+281) Myanmar – Trek de trois jours vers le superbe Lac Inle »

  1. Quel beau pays que la Birmanie, avec le Laos c’est deux destinations où j’aimerai bien aller…
    J’ai moins aimé les chiens 🐕 errants à Nyang…. j’en ai eu froid dans le dos…William m’a vraiment épatée par son courage et son sang froid!!! Ma fille est vraiment en sécurité auprès de lui!!!🙏🏻😇

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