(J+246) Cambodge – Sen Monorom et notre rencontre avec les éléphants

Sen Monorom est la ville principale de la Province de Mondulkiri, située au Sud-Est du Cambodge. C’est une région vallonée, constituée de forêts de pin et de bambou, de prairies et de vallées balayées par les vents. C’est la région la moins peuplée du Cambodge. Ici vivent les Buongs, une minorité ethnique locale, ainsi que leurs éléphants.

18 avril 2018

Après notre passage à Banlung, puis Kratié, nous continuons notre découverte de l’Est Cambodgien par la province de Mondulkiri. Nous nous rendons plus précisément à Sen Monorom où nous avons prévu de partir à la rencontre des éléphants.
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Nous arrivons à Sen Monorom en fin de matinée. Après avoir déposé nos sacs dans une guesthouse et trouvé de quoi nous rassasier pour le déjeuner, nous ne perdons pas de temps et louons une moto pour découvrir les environs.

Notre vidéo de Sen Monorom et le sanctuaire pour éléphants de Mondulkiri

A la découverte des cascades de Sen Monorom

Il y a deux cascades à visiter dans la région.

Nous commençons par la cascade la plus éloignée : Bousra waterfall, à 33 km de la ville. Avec une double chute de 10 mètres puis de 25 mètres, cette cascade est réputée pour être l’une des plus impressionnantes du pays. Vu qu’elle est éloignée, nous l’avons fait en priorité pensant être tranquilles. Que nenni !!! On avait sous-estimé l’affluence du Nouvel An khmer : le site était littéralement BLINDÉ ! Des dizaines de stands de boissons et snacks à emporter se tenaient tout le long des escaliers menant à la cascade. Une fois arrivés au niveau des chutes, il fallait slalomer entre les nattes posées par terre par les locaux venus passer la journée. Le site était jonché de canettes et de bouteilles en plastique. Au pied de la première chute, des gens de partout. Des gens qui barbotent, des gens qui papottent, des gens qui se prennent en photo entre potes… La cascade avait l’air superbe, mais là, avec autant de monde ça perd tout son charme. Dépités, on est monté en haut de la première cascade, on a trempé un moment les pieds dans l’eau et on est reparti.

 

 

La deuxième cascade est beaucoup plus proche de la ville : c’est la Cascade Sen Monorom, à 5 kilomètres du centre. Cette cascade est beaucoup plus petite. Quand nous sommes arrivés en fin d’après-midi, il n’y avait pas grand monde. Nous sommes restés un moment à regarder deux jeunes qui s’amusaient à courir et à sauter du haut de la cascade.

 

A la rencontre des éléphants de Mondulkiri

A Sen Monorom, le must-do est de vivre une expérience avec les éléphants. Il est possible de faire une balade à dos d’éléphant (mais pour nous c’était niet : pas d’elephant riding) ou de se rendre dans un sanctuaire. Plusieurs sanctuaires ont été créés dans la région avec un objectif commun : arrêter l’exploitation de ces animaux par l’homme et développer l’écotourisme autour des éléphants. Les éléphants de ces sanctuaires sont des anciens animaux domestiqués mal traités, en mauvaise santé ou vieux, « mis à la retraite » dans la forêt.

Le sanctuaire de Buong Elephant Project

L’histoire des éléphants est très liée avec la minorité locale de Mondulkiri : les buongs. Dans un passé encore proche, les éléphants étaient utilisés pour les travaux difficiles : transport des charges lourdes, travail aux champs… Maintenant les buongs ont des machines mais ils ont gardé l’habitude de posséder des éléphants. Un éléphant peut être partagé entre plusieurs familles (deux,10 trois… dix familles !). En 2006, la communauté buong possédait 63 éléphants. Aujourd’hui, avec le manque d’éléphanteaux et le travail de sensibilisation des associations, ils n’en possèdent plus que 43. Il existe également une population sauvage, estimée à environ 350 individus repartis dans les forêts avoisinantes.

Après avoir fait le tour des agences, notre choix s’est porté sur Buong Elephant Project. Cette association a été créée en 2015 par Torn. Ce dernier a travaillé cinq ans pour l’ONG Elephant Valley Project, le plus gros (avec 10 éléphants) et le plus connu des sanctuaires de Mondulkiri. Torn voulait réaliser un projet similaire à EVP mais plus petit et sans sponsors. Ce qui nous a plu avec Buong Elephant Project, c’est la prise en compte de la dimension « sociale » de leur projet. En effet, contrairement aux autres sanctuaires, les éléphants ne sont pas achetés mais « loués » à leurs propriétaires. D’une part parce que l’achat d’un éléphant est très cher (entre 7000 à 30 000 €), et d’autre part, cela permet aux buongs d’avoir une source de revenus durable issue du tourisme. Les cornacs (les personnes qui s’occupent des éléphants dans chaque famille) sont également embauchés dans le projet pour continuer à veiller sur leurs éléphants. En outre, quand il le peut (généralement une fois par an pour le Nouvel An khmer), Torn fait des donations en nature (sacs de riz, nouilles, sarong…) pour les personnes sans ressources : les personnes âgées isolées, ceux qui ne peuvent pas travailler, qui n’ont pas d’aides, les handicapés ou les familles très pauvres. Le second objectif de Buong Elephant Project est clair : soutenir la minorité locale.

Buong Elephant Project travaille actuellement avec quatre éléphants : Happy Lucky (une femelle de 52 ans), Princess (une femelle de 45 ans), Buk Mai (un mâle de 4 tonnes aux défenses coupées, c’est le « mari » de Princess) et Bakkuk (un jeune mâle). Ces derniers se la coulent douce sur un grand terrain loué à cinq familles de buongs. La rente est reversée aux familles en sacs de riz, l’aliment de base. La location des terres pour les éléphants permet en outre de préserver les arbres de la déforestation.

De manière générale, les buongs sont plutôt d’accord pour louer leurs éléphants à Buong Elephant Project, mais à condition que ça leur rapporte un minimum ! Torn doit ainsi louer les éléphants au même prix que ce que les Buongs gagnent avec du riding, soit environ 30$/jour. Les Buongs étaient auparavant une minorité vivant essentiellement de l’agriculture et des ressources naturelles. Ils ont désormais une nouvelle source de revenus : l’écotourisme.

Notre journée à Buong Elephant Project

Nous avons réservé avec Buong Elephant Project une journée avec les éléphants. Au programme : observation des éléphants, goûter des éléphants, bain avec les éléphants et bien-sûr, discussions avec Torn sur les éléphants et les buongs.

Notre journée commence à 08h30. Torn nous récupère au volant de sa voiture pour nous emmener dans son sanctuaire à 12 kilomètres de la ville. Le sanctuaire est un beau terrain vallonné constitué d’un ensemble de forêts et de plaines, abritant ce qui intéresse les éléphants : une bambouseraie !

Torn nous explique d’abord son projet, sa façon de voir les choses entre soutien de la population locale et développement du tourisme éléphants. La discussion avec lui est passionnante, nous lui posons 10 000 questions !

Puis nous rentrons dans le vif du sujet : approcher les éléphants ! Nous n’en verrons que trois car Bakkuk a les hormones en surchauffe, et il peut être très dangereux. Du coup, ils l’ont mis dans un coin à l’écart. Nous allons dans la forêt à la rencontre de Happy Lucky, Princess et de son « mari » Buk Mai. Ce dernier est vraiment impressionnant !

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C’est l’heure du goûter pour eux, nous leur donnons des bananes à manger. Chacun a sa petite préférence : pour Princess, il faut lui donner la banane directement dans la bouche. Elle est très douce, pas de soucis pour la toucher. Happy Lucky est super gourmande et vient chercher les bananes avec sa trompe (qu’on peut caresser au passage !). Pour Buk Mai, il vaut mieux se présenter de côté, il n’aime pas trop qu’on lui fasse face.

 

Torn nous explique une pratique un peu particulière du peuple buong, de croyance animiste : ils ne reproduisent pas les éléphants car cela porte malheur ! Si leurs éléphants s’accouplent, ils risquent d’avoir une mauvaise récolte, des maladies ou même des décès. Et c’est pris très au sérieux ! Selon l’expression de Torn qui nous faisait beaucoup rire : « If boom boom but no baby », les dégâts sont limités : il est alors nécessaire de sacrifier qu’un seul cochon et de mettre en offrande une jarre de vin. « If boom boom and baby », aïe aïe aïe, les choses se compliquent ! Pour éviter d’attirer le malheur sur la communauté, ils doivent faire de nombreux sacrifices et marier les éléphants. Les propriétaires doivent faire trois sacrifices en tuant un nombre varié d’animaux (poulets, chiens, cochons, buffles…), ce qui leur coûte environ 8000 € ! Le premier sacrifice est le plus grand : il sert à apaiser les esprits de la forêt. Le deuxième sacrifice s’accompagne du mariage des éléphants. Les buongs marient les éléphants parce qu’ils y sont obligés, mais ça n’est pas dans leur culture. A cette occasion, deux buffles sont sacrifiés : un noir et un blanc. Le troisième sacrifice est fait en faveur du village et de la communauté pour s’excuser d’avoir mis en péril leur sécurité.

Torn n’achète pas les éléphants mais il serait près à faire une exception car il aimerait trouver une fiancée pour Bakkuk qui est encore jeune et plein d’ardeur. Pour éviter d’attirer le mauvais sort sur les propriétaires et leurs familles, la solution serait d’acheter une femelle. Car oui, si des éléphants se reproduisent, le malheur viendra de la femelle et non du mâle !

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Vient ensuite l’heure du lunch : on nous a préparé un super repas à base de poulet grillé, tofu, riz et légumes. Et différents fruits en dessert. On est plus que rassasié.

On nous propose une heure de sieste à l’ombre avant de continuer la journée, mais William a vu un cours d’eau et a envie de pêcher ! Il se renseigne auprès du guide. Ici, pas de canne à pêche, ils attrapent les poissons au filet. Mmmh… Ok mais comment ça marche au juste ? William arrive à motiver le guide pour qu’il vienne lui montrer la technique de pêche. Sa fille adore la soupe de poisson, alors pourquoi pas. Il s’agit en fait d’un épervier : un grand filet circulaire lesté par des plombs tout autour de la périphérie. Il faut positionner le filet sur les épaules et pivoter de gauche à droite pour le lancer à l’horizontal sur la rivière. C’est un sacré coup de mains à prendre ! Puis, il faut se mettre à l’eau et remonter le filet petit à petit par le centre.

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La pêche sera maigre : seulement quatre petits poissons (et beaucoup de feuilles mortes !). Il en faudrait le double pour la soupe de poisson… Mais cela aura valu une belle tranche de rigolade entre William et le guide !

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C’est l’heure de repartir voir le bain des éléphants. Les cornacs les lavent tous les jours dans la rivière. On peut se baigner avec eux alors, hop, on saute à l’eau. Ce qu’on ne savait pas, c’est que la rivière c’est aussi les WC des éléphants. On voit bientôt une grosse crotte flotter. Hum. Bon, allez, ce n’est que du bambou… On se met à côté de Buk Mai qui s’est réfugié dans un trou d’eau. On ne voit que la tête et le haut du dos qui dépassent. On en profite pour l’arroser et lui gratter le dos pour enlever la boue séchée. Sa peau est rugeuse et épaisse. Le bain est rapide, il ne dure que 10-15 minutes. D’un coup, Buk Mai se lève et juste sous nos yeux, on voit surgir de l’eau sa grosse masse imposante de plusieurs tonnes. Mazette ! Qu’il est gros vu de près !

Près de la rivière, nous sommes tombés devant un superbe serpent jaune tout fin. Apparemment inoffensif mais un des cornacs semblait pas vraiment kiffer, ce qui faisait beaucoup rire ses copains.

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Vu que la baignade ça creuse, les cornacs ont apporté quelques bananes à donner aux éléphants. De véritables friandises pour eux ! Ils adorent ça et nous on ne s’en lasse pas…

 

Puis il est temps de dire au revoir aux éléphants. Nous partons à pied à Putang, le village voisin, que nous mettons bien 1h à rejoindre. De là, nous repartons en voiture pour Sen Monorom. Nous rentrons à 17h00.

Infos pratiques :

Bus Kratie/Sen Monorom : 8$/p, ce qui est apparemment un peu plus cher que d’habitude à cause du Nouvel An khmer. 210 km, 3h de trajet.

Logement : Holiday Guesthouse, 7$/nuit pour une chambre double avec salle de bain privée. Les gérants ne sont pas vraiment sympathiques, mais l’avantage de ce logement est d’être situé sur la rue principale avec les agences et restaurants.

Où manger à Sen Monorom ?

Khmer kitchen : des plats locaux très copieux au tarif économique

Bamboo Cafe : cadre reposant avec une décoration faite de bambou et de plantes, shakes délicieux, service par la jeune fille tout sourire du patron.

Activités :

Location de moto : 5$/jour

Entrée pour les cascades de Bousra : 2.5$/p

Entrée pour les cascades de Sen Monorom : gratuit

Buong Valley Project (site internet) : la journée avec les éléphants coûte 40 $/p, ce qui est certes cher, mais beaucoup moins que dans d’autres sanctuaires de la région.

Bilan ?

De notre passage à Sen Monorom nous retiendrons notre formidable expérience avec les éléphants, car en ce qui concerne les cascades, il y avait beaucoup trop de monde pour qu’on puisse les apprécier.

Notre journée dans le sanctuaire de Buong Elephant Project était top. On a apprécié être un petit groupe de quatre, ce qui permet d’observer les éléphants tranquillement. Au final, on n’a du rester que 2h au total avec les éléphants sur toute la journée mais c’est suffisant car de toutes façons ils ne font que manger ! On a bien aimé avoir une interaction avec les éléphants lors du goûter ou du bain, ça permet de varier les plaisirs. Voir un éléphant de près est une chose incroyable qu’on n’est pas prêt d’oublier !

Pour notre prochaine destination, nous partons à Siem Reap visiter ce qui attire des millions de touristes au Cambodge : les célèbres temples d’Angkor.

3 commentaires sur « (J+246) Cambodge – Sen Monorom et notre rencontre avec les éléphants »

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