(J+85) Brésil – Salvador de Bahia

Salvador, avec ses 2.7 millions d’habitants, a été la première capitale du Brésil avant Rio de Janeiro qui reste aujourd’hui la capitale culturelle du pays, et Brasilia, la capitale actuelle où nous étions passé en escale

Suite à notre expérience « survival » en forêt amazonienne, nous avons voulu retrouver un peu de civilisation. Pour cela : direction les plages et les couleurs de Salvador de Bahia, au Nord-Est du Brésil !

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Depuis Manaus, nous avons pris un avion pour Salvador, avec une rapide escale d’une heure à São Paulo (d’ailleurs, on a tellement couru à travers le terminal aéroportuaire qu’on aurait juré que nos bagages n’auraient pas pu être transférés à temps sur notre deuxième vol… mais heureusement que si!

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Salvador de Bahia

Salvador, avec ses 2.7 millions d’habitants, a été la première capitale du Brésil avant Rio de Janeiro qui reste aujourd’hui la capitale culturelle du pays, et Brasilia, la capitale actuelle où nous étions passé en escale lors de notre voyage vers Manaus mais sans pouvoir la visiter. Pour la petite histoire, Brasilia a été créée de toutes pièces il y a 55 ans pour devenir la nouvelle capitale du pays, afin de mettre fin à la concurrence entre Rio de Janeiro et São Paulo. Le président de l’époque a voulu que la nouvelle capitale soit à l’intérieur des terres pour mieux répartir les richesses et la population, jusqu’alors largement concentrées sur la côte. Le projet de construction fut dirigé par les célèbres architectes Oscar Niemeyer et Lucio Costa.

Mais revenons-en à Salvador : pour bien appréhender la ville, il faut d’abord se familiariser avec l’histoire de la région.

Les portugais ont jeté une première fois l’ancre dans la baie de Salvador dans les années 1500. Quelques années plus tard, vers 1550, ils reviennent en force et fondent à Salvador de Bahia la première capitale du Brésil, avant de commencer à réduire la population locale à l’esclavage pour l’exploitation des cultures de canne à sucre et de tabac dans toute la baie de Bahia.

La main-d’œuvre locale s’étant rapidement révélée insuffisante, les portugais ont commencé à faire venir des esclaves d’Afrique. En 1587 les historiens estiment que la population était constituée de 12000 « blancs », 8000 « indigènes convertis » et… 4000 « esclaves noirs » soit un peu plus de 16% de la population.

Mais entre 1550 et 1850, l’importation explose et on estime à 3.6 millions le nombre d’esclaves africains ayant été débarqués sur le sol brésilien, en majorité au Nord-Est du pays dont la région de Bahia.

L’abolition de l’esclavagisme est très récente : elle ne date que de 1888. À cette époque-là, la part des esclaves noirs n’était plus de 16% mais avait bondi à près de la moitié de la population de Salvador de Bahia !

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Aujourd’hui, l’atmosphère africaine est belle et bien palpable dès que l’on pose le pied dans la ville : la population locale a la peau beaucoup plus foncée que le reste des brésiliens que nous avons pu croiser sur notre route jusqu’à présent. Notamment parce que les esclaves noirs, une fois libérés, sont restés sur place. Et les spécialités culinaires de la région ont des saveurs d’Afrique…

Bon, il est temps pour nous de partir explorer cette ville qui s’annonce prometteuse !

Nous décidons de loger dans le quartier de Barra, conseillé par Pierrot qu’on avait rencontré au Pantanal.

A peine nos sacs à dos posés dans un petit hôtel en bord de plage, on sent qu’on va être bien : il fait beau, la petite brise du vent vient enlever toute sensation de chaleur, on entend le bruit des vagues, les petits bars appellent à la détente avec une caïpirinha à l’ombre d’un parasol… Le climat est bien agréable après la moiteur de la jungle !

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Le quartier de Barra est des plus tranquilles, disposant de deux plages – une apparemment plus prisée remplie de parasols et chaises longues, et une autre plus sauvage avec des airs de Bretagne – ainsi que trois forts le long du littoral : le Fort San Antõnio de Barra (appelé aussi Phare de Barra), aujourd’hui Musée nautique, le Fort de Santa Maria en face de notre hôtel et le Fort de São Diogo.

On peut se balader sur le bord de plage même la nuit tombée. De nombreux salvadoriens font leur jogging sur la promenade. Et ici plus que dans la jungle du Pantanal et de l’Amazonie, on ressent l’importance du culte du corps au Brésil : corps musclés, bronzés et tatoués, hommes torses-nus, filles en bikini… Pour les brésiliens, prendre soin de son corps est important. Ils nous fileraient presque des complexes !

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Pour la vie nocturne, mieux vaut prendre le bus pour le quartier Rio Vermelho, plus animé et mieux pourvu en bars et restaurants branchés.

Nous y avons goûté les acarajés chez Dinha, qui est une spécialité bahianaise faite à base de pâte de haricots noirs frite à l’huile de palme, fourrée de vatapá (pâte crémeuse faite à partir de pain, de lait de coco et d’arachide), de caturu (mijoté de gombos) et de crevettes fumées. Un régal ! Tellement, qu’on en aura repris deux fois dans notre quartier de Barra !

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Nous y avons également goûté les crêpes au tapioca : de la farine de tapioca est étalée sur une plaque chauffante, ce qui fait agglomérer les grains entre eux. Sur le dessus, on pose la garniture sucrée ou salée puis on referme en deux. La crêpe est ainsi croustillante à l’extérieur et fondante à l’intérieur.

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En journée, nous sommes partis visiter le centre de Salvador, qui est magnifique mais qui n’est pas sûr de nuit. Même en journée, des habitants nous ont averti que les rues qu’on était en train d’emprunter étaient dangereuses. « Peligro, peligro ! ». On rebrousse vite chemin !

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A part cela, la ville est superbe, très colorée et animée.

Les gens sont souriants, on entend de la musique dans les rues et les danseurs de Capoeira s’entraînent sur la place Teirrero de Jesus aux rythmes des Berimbaus – instrument de musique à une corde ressemblant à une canne à pêche et initialement utilisé pour avertir les autres esclaves de l’arrivée de leur maîtres pendant leurs séances d’entrainement clandestins en forêt. Car la Capoeira, à l’origine une danse rituelle africaine, a été interdite par les maîtres des plantations. C’est devenu un mélange de combats, de jeux et de danse, créé il y a plus de 400 ans par les esclaves afro-brésiliens, pour conserver leurs capacités de self-défense contre leurs maîtres. Aujourd’hui la Capoeira est un art typiquement Bahiannais et est considérée comme une forme d’expression artistique et non plus comme un symbole d’insurrection grâce au Maître Bimba qui a changé les mentalités en 1930. Il y a deux écoles de Capoeira : la Capoeira d’Angola plutôt lente et basse, et une Capoeira plus agressive initiée par le Maître Bimba.

À Salvador, vestimentairement parlant on n’est pas déçu non plus ! Certaines mamas à la taille imposante semblent sorties directement d’Afrique : robes amples et colorées, fichu sur la tête et grandes boucles d’oreille créoles.

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Le quartier Pelourinho est très sympa, on a adoré se balader dans les rues de maisons colorées aux tons pastels. Sur la place Largo do Pelourinho on est tombé sur une chorale improvisée, et des percussions sur tambours. Ambiance, ambiance ! Cette ville a la musique dans la peau.

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Aux détours des ruelles du centre de Salvador, nous avons fait une autre découverte culinaire pour la pause repas de midi : la Moqueca de Peixe, qui est un mijoté de poisson cuit dans des tomates, des épices et du lait de coco, servi avec du riz, des haricots noirs et du farofa (farine grillée de manioc). Encore un régal !

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Nous avons visité le Couvent et l’Eglise de São Francisco, inscrits au Patrimoine Mondiale de l’Unesco. Le couvent de São Francisco n’est pas mémorable : il présente une petite église et un patio avec de belles faïences bleues. Il est étonnant de voir qu’à chaque fois que la mort y est représentée, son visage a été effacé.

Par contre, l’Église de São Francisco vaut largement le détour ! De style baroque, elle est richement pourvue en sculptures et est complétement surchargée en or, mais le mélange avec les boiseries allège la décoration et rend l’ensemble harmonieux et magnifique. 800 kg d’or ont été utilisés dans cette église ! L’autel est également doté d’un grand lustre en argent de 80 kg !

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Mais si on y prête plus attention, on commence à distinguer des détails étonnants dans cette majestueuse église… Il faut savoir que l’église a été construite en exploitant de la main d’oeuvre esclave. Et pour se venger de leurs maîtres et se rebeller contre l’interdiction d’exprimer librement leur art et leur culture, les esclaves ont subtilement caché dans la masse des détails burlesques : des chérubins dotés d’immenses pénis, des anges enceintes au ventre rond et distendu, d’autres aux pattes de poulets, certains avec des visages difformes et boursouflés en fonction de l’angle de vision…

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Il faut vraiment faire attention pour les voir, noyés dans cet océan de détails dorés !

Malheureusement la chasteté de l’église chrétienne a eu depuis bien longtemps raison des pénis angéliques, qui ont été poncés, rabotés et rafistolés grossièrement à coups de mastic. Cette censure pudique est bien dommage !

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Devant le Palacio Rio Branco et la préfecture municipale, l’Escalador Lacerda permet de passer de la cité haute (quartier Pelourinho) à la cité basse (Mercado modelo, terminal maritime). L’ascenseur permet de monter (ou descendre) de 72m en 30 secondes, ce qui est bien pratique…En face, on a une belle vue sur la mer, mais il est étonnant de voir certains bâtiments noircis comme si un grand incendie les avait touché.

Nous l’empruntons pour prendre un bus afin de nous rendre tout au nord de la ville, afin de visiter un autre lieu mythique : l’Église Bonfim aux milliers de rubans de toutes couleurs attachés à sa devanture. Il y en a de toutes les couleurs : rose, orange, bleu, vert, etc. La légende raconte que pour chaque ruban, il faut l’attacher à la barrière de l’église, faire trois nœuds et faire un vœu. Bon… William a attaché tous ses rubans en oubliant de faire des vœux. Tant pis pour lui !

Bilan

Salvador de Bahia est un formidable témoin du passé de l’esclavagisme brésilien : fort de leurs nombre impressionnant dans le pays, les esclaves africains ont pu faire perdurer leurs cultures et traditions à des milliers de kilomètres de leur terre natale, et aujourd’hui la ville est un subtil mélange entre la culture brésilienne et africaine.

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C’est également une métropole dynamique et flamboyante de mille couleurs, où il y fait bon vivre au bord de l’Océan Atlantique.

On a adoré ! Nous la rajoutons donc à notre carte interactive des Coups de Cœurs !

Maintenant, il est temps pour nous de partir à l’assaut de la Chapada Diamantina près de Lençois !

8 commentaires sur « (J+85) Brésil – Salvador de Bahia »

  1. J’aurais été vraiment déçu que Salvador de Bahia ne vous enthousiasme pas… le carnaval y est parait-il formidable!
    bonne suite à vous
    grosses bises
    DD et MP

    J'aime

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